mardi 2 décembre 2008

The irresistible inheritance of Wilberforce de Paul Torday


Le roman commence dans une grande légèreté, dans un style "éthéré". Le personnage central Wilberforce, britannique s'il en est, adore les grands vins de Bordeaux. Il prévoit environ 5000 livres par semaine pour fréquenter les restaurants londoniens dont la carte des vins lui semble attrayante.

Seulement voilà, on découvre que Wilberforce boit 4 à 5 bouteilles de Bordeaux par jour. Il est complètement alcoolique et la maladie a déjà bien commencé à la ronger: pertes de mémoires et hallucinations. Le livre reprend à rebrousse poil les étapes de la vie de Wilberforce qui fait qu'il en est arrivé là.

Tout comme "La pêche au saumon au Yemen", le précédent livre de Paul Torday, l'aventure de Wilberforce démarre dans un registre comique pour évoluer vers un humour extrêmement noir.
Seulement dans ce livre-ci, le noir de l'histoire arrive très vite, voire un peu trop vite!

Amateurs d'humour anglais noir et déjanté, n'hésitez pas à lire ce second roman (pas encore sorti en français).

Là où les tigres sont chez eux de Jean-Marie Blas de Roblès

Cela va m'être difficile de résumer l'histoire foisonnante de ce roman d'aventure de près de 800 pages. D'un côté le 17ème siècle du jésuite allemand Athanase Kircher. De l'autre, 5 histoires entrecoupées au Brésil au 20ème siècle: celles de Eléazar (français expatrié au Brésil), de sa femme Helena, de leur fille Moema, du gouverneur de la province Moreira et d'un gamin estropié des favelas Nelson.

Le livre se lit facilement même si légèrement trop érudit à mon goût par moments, notamment dans les chapitres consacrés à Athanase Kircher. C'était un grand savant à son époque qui croyait avoir fait avancer la science dans tous les domaines (il avait réussi à déchiffrer les hiéroglyphes) mais, en fait s'était trompé sur tout. Aucune de ses découvertes n'est restée à la postérité et d'ailleurs, le personnage lui-même n'est guère connu de nos jours.
Jean-Marie Blas de Roblès était récemment l'invité de la librairie L'Arbre à Lettres à République à Paris, où il était interviewé par un journaliste du magazine Transfuge (très bonne formule). Cela fait plus de 30 ans qu'il a découvert le personnage historique d'Athanasius Kircher. Il a passé des années à traduire les textes de Kircher, à essayer de se faire une idée de cet homme (savant ou imposteur?), est passé par toutes les phases : admiration, fascination, rejet, dégoût. Et, pour finir, il a tout simplement fini par accepter cet homme imparfait, devenu en quelque sorte son compagnon de route.

Jean-Marie Blas de Roblès a complété ce roman "total" (plus de 200 pages ont été coupées au moment de l'édition papier) par un index iconographique très complet disponible sur son site internet www.blasderobles.com.

Là où les tigres sont chez eux : une lecture passionnante et surprenante à plus d'un titre.
Le livre est publié chez Zulma, ISBN: 9782843044571.

mercredi 15 octobre 2008

What I talk about when I talk about running de Haruki Murakami


Il y a tellement de choses à dire sur l’univers littéraire de Haruki Murakami et son influence sur ma vie qu’il est difficile de s’y atteler. Néanmoins, sa dernière publication What I talk about when I talk about running (à paraître en français courant 2009) me paraît être un bon point d’entrée. Il ne s’agit pas là d’un roman mais d’un essai. Le thème développé est l’influence de la course sur le métier d’écrivain et vice versa. On y apprend un peu plus sur l’homme derrière l’écrivain, sa vie, ses méthodes de travail.

Haruki Murakami a d’abord été gérant d’une boite de jazz avant de tout lâcher pour se consacrer à l’écriture, après la publication d’une première nouvelle saluée par la critique. Depuis, il s’est progressivement créé un rythme de vie quasi ascétique. Il a commencé à courir peu de temps après avoir commencé son métier d’écrivain, essentiellement ne pas prendre trop de poids du fait d’un métier très sédentaire. Cela fait donc plus de 25 ans qu’il court 6 jours sur 7 en moyenne. Il court 1 marathon par an et a même concouru dans de nombreux triathlons. Son équilibre de vie et de travail est désormais intimement lié à la course à pied.

What I talk about when I talk about running
détaille les sensations liées à l’entraînement pour une course ainsi que le rythme instauré par la course de fond. A lire pour découvrir une petite part de l’homme derrière les livres…

En parallèle, vient d’être publié un recueil de nouvelles chez Belfond Saules aveugles, femme endormie. Je ne l’ai pas encore lu mais cela ne saurait tarder…

samedi 20 septembre 2008

Des néons sous la mer de Frédéric Ciriez

J’étais en train de lire « La meilleure part des hommes » de Tristan Garcia, premier roman de la rentrée littéraire publié chez Gallimard et je m’emmerdais sec. Un roman certes intéressant sur la génération sida et l’avènement des mouvements gay. En revanche, un roman qui n’est absolument pas personnel, dont les personnages ne sont ni attachants, ni mystérieux, ni, ni, ni…

Après cela, une libraire m’a conseillé « Des néons sous la mer » de Frédéric Ciriez, autre premier roman français de la rentrée. Et là, un ovni ! J’ai trouvé ce livre surprenant à la fois par la forme et par l’histoire.

En 2012, le Fascinant, ancien sous marin militaire, a été transformé en bordel amarré dans la baie de Paimpol. Son nom : l’Olaimp, entre Paimpol et Olympe. Le sous marin est exploité par 12 prostituées réunies sous la forme d’un SARL. Le narrateur nous raconte la vie du sous-marin, de ses habitant(e)s, du bordel, dont il est « vestiaire ». Le récit, à l’atmosphère légèrement claustrophobique, est entrecoupé de « fugues », pendant lesquelles le narrateur prend l’air en moto dans les environs de Paimpol.

J’ai adoré que Frédéric Ciriez nous emmène dans un univers à la fois surréaliste et pas tant que ça. C’est très astucieux de situer l’action dans un futur proche. Toutes les références sont les mêmes. Néanmoins, en quelques années, des changements de taille ont eu lieu : la prostitution a été rétablie en 2011, les babyfoots clignotent dès qu’un joueur est touché ou qu’un but est marqué...

Il s’agit d’un roman poétique, imaginatif, construit de manière originale et ingénieuse sous forme d’une enquête sociologique. Un petit exemple de la poésie qui se dégage de l’écriture de Frédéric Ciriez : les titres de chapitres ; « Approche phénoménologique d’un bâtiment de la marine nationale », « Approche ethno-corporelle du personnel de bord »…

Jusqu’à la fin, le récit se tient et vous emporte, comme la mer, le sexe… Une vraie perle de la rentrée.

Des néons sous la mer de Frédéric Ciriez est publié aux éditions Verticales. ISBN: 9782070120758



Brève intervention d’actualité sur les e-readers



La sortie prochaine du reader Sony à la Fnac avec des contenus Hachette en exclusivité amène de nombreuses interrogations. Celles-ci sont liées au prix des livres numériques, à leur format et leur mode de protection, à la diffusion du livre en général (quelle place pour les librairies indépendantes dans ces nouveaux modèles ?), et à l’avenir de l’édition classique.

Avant de spéculer sur l’évolution du marché, la première étape pour moi a été de tester la bête ! J’ai eu l’occasion de tester un e-reader cet été pour lire des romans, le Cybook de Bookeen.

De prime abord, l’outil n’a aucune chance. Le format était plus petit qu’une page de livre poche ; il faut donc constamment « tourner la page ». De plus, au moment de changer de page, un écran noir s’affiche pendant un quart de seconde, ce qui est hautement désagréable.

Mais après 5 minutes d’utilisation, je me suis faite au format, à changer fréquemment de page. J’ai constaté que l’outil était extrêmement léger et maniable. On peut le porter à une main, et l’on peut changer de page avec la même main. On peut aussi lire en posant la tablette. L’écran en « encre électronique » n’est pas rétroéclairé et offre un grand confort de lecture.

Je suis partie quelques jours en vacances et n’avait pas envie de porter plusieurs livres. L’e-reader est alors une solution idéale : pour le poids d’une livre de poche, on transporte jusqu’à 600 romans. Dans les transports (train/ métro), la maniabilité du support est idéale. Seul bémol, je ne prendrais pas la tablette sur la plage… de peur de l’abimer avec le sable. Le livre a encore de beaux jours devant lui!!!

dimanche 15 juin 2008

Un brillant avenir de Catherine Cusset

Pour la rentrée littéraire, je vous conseille de lire ce livre de Catherine Cusset, qui sort en septembre.

Dans ce roman, c’est le parcours de Elena Tiberescu qui nous est raconté : de Bessarabie, à Bucarest, en Israël, puis aux Etats-Unis. Les chapitres oscillent entre deux époques : la période des choix pendant la jeunesse d’Elena de Bessarabie en Roumanie entre 1945 et les années 70, son mariage avec Jacob, la naissance de leur fils Alexandru et la période de la maturité puis la vieillesse d’Elena devenue Helen aux Etats-Unis, à partir des années 90, sa confrontation avec sa belle-fille Marie, sa souffrance face à la maladie de Jacob (Alzeimer). Tout au long du livre nous vivons la très belle histoire d’amour entre Elena et Jacob.

Il y a dans ce roman toutes les thématiques que j’aime : l’imbrication d’une histoire personnelle dans l’histoire collective, la famille, l’amour, l’impact des choix que l’on peut faire sur notre vie et celle de nos proches. Et en plus, une thématique que je ne connaissais pas beaucoup en fiction : la relation entre une belle-mère et sa belle-fille, relation d’autant plus compliquée quand il s’agit d’un fils unique. Ici, Helen s’oppose carrément au mariage de son fils Alex avec une française, Marie, qui risquerait de saper tout le travail fait par Jacob et elle. Et si Marie entraînait leur fils en France, où il ne vaudrait plus rien, parlerait la langue avec un accent, alors qu’Alex incarne la réussite de l’immigration aux Etats-Unis.

Le personnage d’Elena / Helen est très attachant d’autant que les clés de sa personnalité nous sont livrées au fur et à mesure que l’on découvre son histoire. Cette femme têtue, acharnée est parfois méchante ou injuste. Ce sont néanmoins ces mêmes qualités qui lui ont permis d’être libre. Elle s’oppose à sa famille en épousant l’homme qu’elle aime, Jacob, un juif, dans la Roumanie raciste de Ceaucescu. Jacob et Elena abandonnent tout ce qu’ils ont et tout ce qu’ils sont pour émigrer et recouvrer leur liberté. Tout d’abord en Israël, auprès de la famille de Jacob. Cependant, Israël n’est pour Elena qu’un leurre, un pays qui l’accueille à bras ouvert, elle la non-juive, uniquement pour lui prendre son fils dès ses 18 ans. Enfin, aux Etats-Unis, où leur couple se bat pour incarner le modèle de la réussite américaine, malgré l’âge avancé où ils sont arrivés (38 ans pour Elena, 43 pour Jacob). Ce rêve se matérialise de deux façons : ils obtiennent leur nationalité américaine (et symboliquement changent de nom et de prénom), leur fils Alexandru fait Havard !
C’est une très belle histoire, de beaux personnages dont nous suivons l’évolution : Elena / Helen, Jacob, Alexandru et Marie. Ce livre m’a permis de mieux appréhender le mental de ces émigrés qui tirent un trait sur leur passé. Helen et Jacob Tibb ont définitivement enterré leur passé roumain, ne souhaitant ni retourner à Bucarest après la chute de Ceaucescu, ni revoir les parents d’Helen. Le décalage est d’autant plus fort avec leur belle-fille Marie, que celle-ci ne comprend pas que l’on ne puise pas son être dans ses racines, ni, à fortiori, que l’on puisse totalement les renier.
Le roman se lit comme un polar des heures d’affilée. Bref, une vraie réussite.

Un brillant avenir est publié chez Gallimard