dimanche 15 juin 2008

Un brillant avenir de Catherine Cusset

Pour la rentrée littéraire, je vous conseille de lire ce livre de Catherine Cusset, qui sort en septembre.

Dans ce roman, c’est le parcours de Elena Tiberescu qui nous est raconté : de Bessarabie, à Bucarest, en Israël, puis aux Etats-Unis. Les chapitres oscillent entre deux époques : la période des choix pendant la jeunesse d’Elena de Bessarabie en Roumanie entre 1945 et les années 70, son mariage avec Jacob, la naissance de leur fils Alexandru et la période de la maturité puis la vieillesse d’Elena devenue Helen aux Etats-Unis, à partir des années 90, sa confrontation avec sa belle-fille Marie, sa souffrance face à la maladie de Jacob (Alzeimer). Tout au long du livre nous vivons la très belle histoire d’amour entre Elena et Jacob.

Il y a dans ce roman toutes les thématiques que j’aime : l’imbrication d’une histoire personnelle dans l’histoire collective, la famille, l’amour, l’impact des choix que l’on peut faire sur notre vie et celle de nos proches. Et en plus, une thématique que je ne connaissais pas beaucoup en fiction : la relation entre une belle-mère et sa belle-fille, relation d’autant plus compliquée quand il s’agit d’un fils unique. Ici, Helen s’oppose carrément au mariage de son fils Alex avec une française, Marie, qui risquerait de saper tout le travail fait par Jacob et elle. Et si Marie entraînait leur fils en France, où il ne vaudrait plus rien, parlerait la langue avec un accent, alors qu’Alex incarne la réussite de l’immigration aux Etats-Unis.

Le personnage d’Elena / Helen est très attachant d’autant que les clés de sa personnalité nous sont livrées au fur et à mesure que l’on découvre son histoire. Cette femme têtue, acharnée est parfois méchante ou injuste. Ce sont néanmoins ces mêmes qualités qui lui ont permis d’être libre. Elle s’oppose à sa famille en épousant l’homme qu’elle aime, Jacob, un juif, dans la Roumanie raciste de Ceaucescu. Jacob et Elena abandonnent tout ce qu’ils ont et tout ce qu’ils sont pour émigrer et recouvrer leur liberté. Tout d’abord en Israël, auprès de la famille de Jacob. Cependant, Israël n’est pour Elena qu’un leurre, un pays qui l’accueille à bras ouvert, elle la non-juive, uniquement pour lui prendre son fils dès ses 18 ans. Enfin, aux Etats-Unis, où leur couple se bat pour incarner le modèle de la réussite américaine, malgré l’âge avancé où ils sont arrivés (38 ans pour Elena, 43 pour Jacob). Ce rêve se matérialise de deux façons : ils obtiennent leur nationalité américaine (et symboliquement changent de nom et de prénom), leur fils Alexandru fait Havard !
C’est une très belle histoire, de beaux personnages dont nous suivons l’évolution : Elena / Helen, Jacob, Alexandru et Marie. Ce livre m’a permis de mieux appréhender le mental de ces émigrés qui tirent un trait sur leur passé. Helen et Jacob Tibb ont définitivement enterré leur passé roumain, ne souhaitant ni retourner à Bucarest après la chute de Ceaucescu, ni revoir les parents d’Helen. Le décalage est d’autant plus fort avec leur belle-fille Marie, que celle-ci ne comprend pas que l’on ne puise pas son être dans ses racines, ni, à fortiori, que l’on puisse totalement les renier.
Le roman se lit comme un polar des heures d’affilée. Bref, une vraie réussite.

Un brillant avenir est publié chez Gallimard

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