lundi 19 mai 2008

Lignes de faille de Nancy Huston

Incapable de me faire une idée d’un auteur avant de l’avoir lu, je bouillais depuis plusieurs mois de lire Nancy Huston et notamment son fameux Lignes de faille, qui a reçu le prix Femina en 2006. D’autant que Nancy Huston évoquait pour moi à priori les Etats-Unis. Paradoxe, quand en fait elle est canadienne, habite depuis de nombreuses années à Paris et écrit souvent en français.


Donc Lignes de Faille.

L’histoire : il s’agit de 4 récits d’enfants entre l’age de 6 et 7 ans, qui remontent dans le temps des années 2000 à 1944. Le lien entre les récits : il s’agit d’une même famille. On passe de l’arrière-petit fils Sol en Californie, à son père Randall entre New York et Haïfa en 1982, à sa grand-mère Sadie entre Toronto et New York en 1062, à son arrière grand-mère (autrement appelée AGM) dans l’Allemagne nazie proche de la défaite.


Tout d’abord, j’ai apprécié la tonalité très juste des récits. Faire écrire des enfants n’est pas chose aisée. Nancy Huston réussit à leur donner un vocabulaire riche, teinté de l’époque, sans aucune niaiserie. La retranscription par les enfants des conversations alentours permet aussi d’aller au delà du simple vocable enfantin.


Ensuite, j’ai aimé le développement de l’histoire. On est dans un jeu de piste. Chaque génération se fait le témoin d’une époque chargée d’histoire (l’Amérique de l’après 11 septembre, Israël du massacre de Sabra et Chatila, les mouvements libertaires des années 60 aux Etats-Unis et enfin et avant tout l’Allemagne nazie), tout en transmettant les bribes de l’histoire familiale. On cherche à percer le fin mot de cette histoire, qui est dévoilé par rebonds d’une génération à l’autre. Une très belle construction de la narration !


Je ne vais pas tout raconter ici. Je ferai juste un parallèle : en l’espace de 2 jours, j’ai trouvé une référence dans deux livres différents aux institutions nazies, les Lebensborn, « Fontaines de vie », alors que cet épisode du régime nazi n’est pas le plus médiatisé. Première référence dans Lignes de faille et deuxième référence, traitée sur le thème de l’humour, dans Moi qui ai servi le roi d’Angleterre de Bouhumil Hrabal, écrivain tchèque, mort en 1997, dont le narrateur, le nabot Monsieur Enfant, se retrouve serveur pour une flopée de femmes aryennes nues, pour qui il est profondément transparent.


Définition Wikipédia : les Lebensborn étaient des institutions, développées sous le Troisième Reich, où devaient procréer des sujets de pure race aryenne (notamment des soldats SS) en vue de constituer l'élite du futur « Empire de 1 000 ans ». Les Lebensborn étaient des centres pour élever des enfants aryens.


Lignes de faille de Nancy Huston, publié chez Actes Sud (Babel) ISBN : 9782742769360

Moi Qui Ai Servi Le Roi D'Angleterre de Bohumil Hrabal, publié chez Robert Laffont (Pavillons Poche) ISBN : 9782221106082

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