
Méconnue en France, l’œuvre d’Angelika Schrobsdorff vaut d’être découverte. Ses livres sont le reflet de l’histoire mouvementée des 80 dernières années : entre l’Allemagne, où elle née d’une mère juive, la Bulgarie, où elle a vécu exilée de 1938 à 1947 et Israël, où elle s’est expatriée pendant près de 25 ans.
Angelika Schrobsdorff est née en 1927 en Allemagne. Sa mere était juive, complètement assimilée ; son père, fils de hoberaux prussiens. Elle a grandit à Berlin avant de s’exiler avec sa mère et sa sœur en 1938 en Bulgarie où elle est restée jusqu’à la fin de la guerre. Sa sœur y a épousé un bulgare et y est restée pendant la période communiste. Ses grands-parents ont été assassinés à Theresienstadt.
Après la guerre, elle a vécu à Munich. Son premier roman "Die Herren" (Ces messieurs), publié en 1961, a fait scandale de par sa liberté de ton. Elle y racontre l’influence des hommes de la vie d’un personnage d’autofiction "Eveline" : le premier amour, le mari épousé trop jeune, les amants, le père de son enfant et enfin, l’homme qui l’aidera à révéler son talent pour l’écriture.
Au début des années 70, elle part vivre à Paris, où elle fut l’épouse de Claude Lanzmann avant de s’expatrier à Jérusalem de 1983 à 2006. Depuis, elle est retournée vivre à Berlin.
Son roman "Tu n’es pas comme les autres mères" (Du bist nicht so wie andre Mütter), publié en 1992 (en 2004 en français), est devenu un classique en Allemagne. Entre récit autobiographique et témoignage historique, Angelika Schrobsdorff nous parle de sa mère Else, vivant loin des conventions, cotoyant le milieu artistique du Berlin des années folles. Puis elle aborde leur exil en Bulgarie, leur désarmement face à la guerre et la brutalité des hommes et sa propre déchirure à quitter l’enfance en même temps que la patrie tant aimée.
J’ai trouvé ce livre bouleversant. Il est extrêmement émouvant dans le traitement de la relation mère-fille, dans le récit d’apprentissage de la vie, et de la perte (du père resté en Allemagne, de la patrie chérie). Des sentiments confus qui ont habité la narratrice : elle oscille entre l’amour de sa mère et la haine de sa judaïté, qui lui a fait tout perdre. Ce récit a une valeur historique particulière sur le Berlin des années 30, la Bulgarie des années 40 entre guerre et communisme et sur l’Allemagne détruite d’après la guerre.
Par ailleurs, Angelika Schrobsdorff a beaucoup écrit sur la Bulgarie et sur sa terre d’adoption Israël. Le deuxième livre d’elle disponible en français "Si je t’oublie, Jérusalem… " est une réflexion sur la vie à Jérusalem, la ville où elle élu domicile pendant un quart de siècle. Angelika Schrobsdorff ne fait pas de concessions : elle livre le portrait de la vie israélienne telle qu’elle la perçoit, écartelée entre son histoire, l’incompréhension et la haine.
Bibliographie
Sur 13 livres publiés, deux sont actuellement disponibles en français, publiés chez Phébus:
Tu n’es pas comme les autres mères. ISBN : 9782859409890
Si je t’oublie, Jérusalem…. ISBN : 9782752901127
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